Dingue! IL VA Y AVOIR
DU SPORT!
Le dopage d’hier à
aujourd’hui
Des technos qui
mènent à la victoire
Commotions
cérébrales: où en
est-on?
Le sport, une affaire
de psychologie
|||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
LA RECHERCHE DANS LE RÉSEAU DE L’UNIVERSITÉ DU QUÉBEC
Le sport est un grand
Ce dossier est inséré
dans le numéro de décembre 2018
du magazine Québec
Science. Il a été financé par
l’Université du Québec et
produit par le magazine
Québec Science.
Le comité consultatif
était formé de:
Marie Auclair, UQAM
Caroline Boily, UQTR
Myriam Duperré, UQAC
Ève-Marie Lavoie, UQAC
Pietro-Luciano Buono, UQAR
Christophe Maïano, UQO
Stéphanie Duchesne, UQAT
Josée Charest, INRS
Mario Dubois, ÉTS
Éric Lamiot, TÉLUQ
Andrée LaRue, UQ
Valérie Reuillard, UQ
Marie Lambert-Chan, QS
Coordination:
Marie Lambert-Chan
et Valérie Reuillard
Rédaction:
Annie Labrecque
Marie Lambert-Chan
Maxime Bilodeau
Graphisme:
François Émond
Correction-révision:
Sophie Cazanave
Bibliothèque nationale
du Canada:
ISSN-0021-6127
Les 10 établissements
du réseau de l’Université
du Québec ont pour mission
de faciliter l’accessibilité
à l’enseignement universitaire,
de contribuer au développement
scientifique du Québec et au
développement de ses régions.
laboratoire
Le sport n’évolue pas que dans les arénas et les gymnases. Il est un laboratoire en soi,
où interviennent tour à tour la biomécanique, la médecine, la psychologie, la chimie,
la technologie, le génie, le marketing et même la diplomatie. Ce n’est pas nouveau :
depuis la Grèce antique, les esprits scientifiques étudient les méthodes d’entraînement pour
améliorer les performances des athlètes.
Aujourd’hui, grâce aux chercheurs, des sportifs réussissent à repousser les limites
de leur endurance et tirent profit de technologies de plus en plus pointues. On se tourne
également vers la science quand vient le temps de disséquer et de vaincre les maux qui
affectent le monde du sport, comme le dopage, les commotions cérébrales et les troubles
du comportement alimentaire.
Ce dossier illustre bien à quel point le sport est un objet de fascination sans fin pour les
scientifiques − qui n’hésitent pas à donner leur 110 %.
3 Une longue
histoire de triche
Le monde du sport est
gangrené par le dopage.
Retour sur une lutte
sans trêve.
5 Commotions
cérébrales : la
science progresse
Des chercheurs
perfectionnent les
techniques de détection et
les protocoles de guérison.
COUVERTURE: ALEX/UNSPLASH - CI-HAUT: WAVEBREAKMEDIA/ISTOCKPHOTO
8 La victoire,
une avancée
technologique
à la fois
ou simplement pour garder
la santé, un sportif peut
aujourd’hui compter sur la
technologie.
14 Le sport pour
mettre les villes
en valeur
11 Le sport contre
le Big Mac
Un chercheur montre
que l’entraînement à haute
intensité peut compenser
les effets néfastes de la
malbouffe.
12 Le sport, une
affaire de tête !
Pour se surpasser,
un athlète doit veiller
à s’entraîner aussi
mentalement.
Pour grimper sur la plus
haute marche du podium
Le professeur André
Richelieu étudie comment
la réputation d’une ville ou
d’un pays peut se faire (et
se défaire) grâce au sport.
16 L’essor
fulgurant du sport
électronique
Des millions de
spectateurs regardent des
tournois de jeux vidéos
sur le Web ou dans des
stades remplis à craquer.
Explications.
2
LA RECHERCHE DANS LE RÉSEAU DE L’UNIVERSITÉ DU QUÉBEC | SPORT
Une longue histoire
de triche
Le monde du sport est gangrené par le dopage malgré l’émergence de méthodes
de dépistage sophistiquées dans les dernières décennies. Retour historique sur
une lutte sans trêve. Par Maxime Bilodeau
«
Aveux de dopage : Lance Arm
strong a beaucoup à perdre »,
rapportait Le Devoir en 2013,
dans la foulée des confessions
du septuple vainqueur déchu du
Tour de France. « La Russie a mis en place un
système de dopage d’État », titrait Radio-Canada à
l’été 2016, après que l’avocat canadien Richard
McLaren eut déposé un rapport incendiaire
sur la question. « Soupçons de dopage dans
le ski de fond », affirmait Le Monde à quelques
jours de l’ouverture des Jeux olympiques
d’hiver de Pyeongchang plus tôt cette année.
Les scandales sur le dopage se suivent et
se ressemblent, donnant plus que jamais
l’impression qu’il a gangrené le milieu sportif.
La consommation de substances qui
améliorent les performances sportives n’est
pourtant pas un phénomène nouveau dans l’his
toire, mentionne Laurent Turcot, professeur
au Département des sciences humaines de
l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR).
« Il y a toujours eu des athlètes qui ont testé les
limites de la légalité dans l’espoir de grignoter
quelques secondes. On peut retracer des cas
qui s’apparentent à du dopage aussi loin que
dans l’Antiquité », souligne celui qui prépare un
colloque sur la question en 2020 à l’UQTR. On
sait par exemple que des soldats de la Grèce
antique avalaient des concoctions d’herbes
avant de livrer bataille.
Avance rapide jusqu’à la seconde moitié
du 19e siècle, alors que le sport moderne
commence à se développer. On fait alors
état de certaines pratiques qui s’assimilent
au dopage. Leur particularité : elles sont tout
sauf scientifiques, comme le rappelle le cas
de Thomas Hicks, vainqueur du marathon
olympique de 1904, qui a reçu une injection
de strychnine et d’alcool de ses assistants
alors qu’il ralentissait. Dans le meilleur des
cas, ces substances pouvaient procurer un
NICOLAS HOIZEY/UNSPLASH
Il va y avoir du sport!
Encart produit par le magazine Québec Science, édition de décembre 2018 et financé par l’Université du Québec
|||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
LA RECHERCHE DANS LE RÉSEAU DE L’UNIVERSITÉ DU QUÉBEC
certain avantage lié à l’effet placébo. Dans le pire
des scénarios, elles étaient fatales. « On ne peut pas
encore parler de dopage à cette époque, puisque les
connaissances scientifiques et les outils qui permettent
Christiane Ayotte,
directrice du
Laboratoire de contrôle
du dopage de l’INRS
depuis 1991
de le mesurer n’étaient pas au rendez-vous », nuance
Laurent Turcot.
Il faudra attendre la seconde
moitié du 20e siècle avant que
les savoirs physiologiques et
biologiques arrivent à maturité, en
pleine guerre froide. Le choc entre
les blocs de l’Est et de l’Ouest se
transporte alors sur les terrains
de sport. C’est dans ce terreau
fertile que verront le jour nombre
de pratiques dopantes, comme
la prise massive de testostérone,
une hormone à la fois anabolisante
et psychostimulante. Et c’est lors
du scandale de Ben Johnson,
sprinteur canadien épinglé pour
dopage au stanozolol, une autre
substance qui accélère l’anabo
lisme musculaire − transformant
ses consommateurs en culturistes
−, aux Jeux olympiques de 1988
à Séoul que le grand public prend
véritablement conscience du
dopage. « Il est le premier athlète
à faire son entrée dans les livres
d’histoire non pas parce qu’il a
battu un record, mais bien parce
qu’il a été la première grande
vedette à se faire prendre la main
dans le sac », dit Laurent Turcot.
NICOLAS PAQUET
Dans les coulisses de l’antidopage
Christiane Ayotte, directrice du Laboratoire de
contrôle du dopage de l’Institut national de la recherche
scientifique (INRS) depuis 1991, a vécu de près la
controverse soulevée par l’affaire Johnson. Alors
associée de recherche au centre montréalais, elle se
souvient du défi technique que représentait le dépistage
de stéroïdes anabolisants, des substances qui étaient
utilisées à l’entraînement pour augmenter la masse
musculaire et accélérer la récupération. « Lors des
contrôles, les traces qui subsistaient dans l’organisme
étaient trop minimes pour être décelables. La méthode
employée, basée sur la détection d’anticorps, était
notoirement inefficace », raconte la sommité mondiale
dans la lutte antidopage. Résultat : ces substances
avaient la réputation d’être indétectables.
C’est une avancée technologique « de dernière
minute et non publicisée » qui a changé la donne et
provoqué la chute de Ben Johnson. Plus sensibles, les
outils décelaient désormais des traces évidentes de
dopage dans les échantillons soumis, coupant l’herbe
sous le pied aux tricheurs. Ces dénonciations allaient
se reproduire dans les décennies suivantes, pendant
lesquelles l’érythropoïétine (EPO) synthétique, dont on
se sert pour accroître artificiellement la production
de globules rouges, ces transporteurs d’oxygène
aux muscles à l’effort, allait notamment faire son
apparition dans des sports comme le cyclisme et
l’athlétisme. « Aujourd’hui, on peut en détecter des
doses aussi petites qu’un picogramme par millilitre
d’urine. C’est très, très en deçà des microgrammes
par millilitre qu’on décelait dans les années 1980 et
1990 », indique Christiane Ayotte.
Si les laboratoires antidopages sont mieux équi
pés que jamais, ils peuvent aussi compter sur des
méthodes novatrices comme le passeport biologique
afin d’attraper les fraudeurs. Ce document permet un
suivi personnalisé de plusieurs variables sanguines de
l’athlète, lesquelles sont mesurées au fil du temps lors
des divers contrôles qu’il subit. Grâce à cet outil, toute
éventuelle anomalie synonyme de dopage est mise
au jour. Malgré tout, des athlètes trouvent le moyen
de passer sous le radar de la suspicion. À preuve, le
récent scandale de dopage institutionnel de la Russie :
on a découvert que l’État a mis en place un ingénieux
stratagème pour remplacer les échantillons positifs
par des échantillons normaux aux Jeux olympiques
de Sotchi, en 2014. En guise de punition, le pays de
Vladimir Poutine a été exclu des Jeux d’hiver de 2018
ainsi que de l’Agence mondiale antidopage (AMA) en
2015 − une sentence récemment levée, puisque
l’organisation a réadmis les Russes en son sein dans
un revirement pour le moins controversé. « Ceux qui
se dopent de nos jours le font à l’aide de microdoses
plus ou moins indétectables. Est-ce efficace ? On
l’ignore. Probablement que les effets sont relatifs à la
récupération : on en prend entre deux compétitions ou
à l’entraînement pour l’accélérer », avance la proche
collaboratrice de l’AMA.
À l’heure de la méthode d’édition ciblée des gènes
CRISPR, le dopage génétique interpelle également les
autorités antidopages. Il permettrait, par exemple, de
transférer des copies supplémentaires du gène fabri
quant l’EPO. Même si rien ne porte l’AMA à croire que
des athlètes y recourent actuellement, cela pourrait
en être tout autrement dans 5, 10, 15 ans d’ici. « Plu
sieurs études et réflexions sont déjà entamées à ce
sujet. Nous serons prêts », tranche Christiane Ayotte.
Il le faut, car la lutte contre le dopage ressemble
à celle menée contre d’autres crimes: on observe un
écart constant entre les moyens dont disposent les
« policiers » pour effectuer leur travail et ce que les
« malfrats » investissent pour s’y soustraire. « On oublie
que le système sportif, à l’image de la société, est
teinté par l’atteinte de l’excellence à tout prix, fait valoir
Laurent Turcot. C’est le système capitaliste : on fait tout
ce qui est en notre pouvoir pour accéder aux plus hautes
sphères, quitte à tricher au passage. »
Ainsi, la roue continuera de tourner : les grands
champions risqueront encore le tout pour le tout;
leurs statues ne cesseront d’être déboulonnées; et
les médias en feront leurs choux gras. n
Il va y avoir du sport!
Encart produit par le magazine Québec Science, édition de décembre 2018 et financé par l’Université du Québec
LA RECHERCHE DANS LE RÉSEAU DE L’UNIVERSITÉ DU QUÉBEC | SPORT
Commotions cérébrales :
la science progresse
Une commotion cérébrale sur deux n’est jamais décelée. Pour renverser la
tendance, des chercheurs perfectionnent les techniques de détection et les
protocoles de guérison. Par Maxime Bilodeau
ÉRIC WAGNAC
Le Québec est le premier endroit au monde
à s’être doté d’un protocole de gestion des
commotions cérébrales − c’est dire comme
le sujet s’est élevé au rang de préoccupation
collective au cours des dernières années !
Publié en 2017, le document gouvernemental d’une
douzaine de pages détaille la marche à suivre en cas
de traumatisme craniocérébral léger (TCL). Surtout,
il cristallise la prise de conscience du milieu sportif
vis-à-vis d’un fléau qui touche plusieurs disciplines.
« Tous les intervenants, des joueurs aux parents en
passant par les fédérations, sont plus que jamais
sensibilisés aux commotions cérébrales. C’est sur
toutes les lèvres », confirme Éric Wagnac, professeur
au Département de génie mécanique de l’École de
technologie supérieure (ÉTS) de Montréal.
Malgré tout, les commotions cérébrales sont encore
très fréquentes. Selon l’expert en traumatologie, jusqu’à
une commotion sur deux n’est jamais détectée. Les
joueurs de soccer sont tout particulièrement à risque.
Paradoxal pour un sport qui, en théorie, n’implique
pas de contacts ! « C’est un des rares sports dans
lequel on utilise activement sa tête. Or, ces impacts
répétés causent des microdéchirures au cerveau qui,
à long terme, peuvent provoquer des symptômes de
commotion cérébrale comme les maux de tête ou
les pertes de mémoire », explique le jeune chercheur.
Mise en jeu
Le risque réel auquel sont exposés les as du ballon
rond n’a toutefois jamais été calculé. La raison : il est
difficile de mesurer les accélérations de la tête subies
Joueuses portant le
bandeau conçu par
des chercheurs de
l'ÉTS pour mieux
détecter les différents
types d’accélération
de la tête.
Il va y avoir du sport!
Encart produit par le magazine Québec Science, édition de décembre 2018 et financé par l’Université du Québec
|||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
LA RECHERCHE DANS LE RÉSEAU DE L’UNIVERSITÉ DU QUÉBEC
“
Le soccer est l‘un des rares
sports dans lequel on utilise
activement sa tête. Or, ces
impacts répétés causent des
microdéchirures au cerveau qui,
à long terme, peuvent provoquer
des symptômes de commotion
cérébrale comme les maux de tête
ou les pertes de mémoire. – Éric Wagnac, chercheur à l‘ÉTS
par des joueurs sur le ter
rain lorsque les instruments
de détection sont dotés… de
f
ils. Résultat : les rares études parues
sur le sujet ont été principalement réalisées
en laboratoire, « ce qui est plutôt imparfait », souligne
Éric Wagnac. Avec son collègue Yvan Petit, aussi
du Département de génie mécanique de l’ÉTS, et la
doctorante Caroline Lecours, il a donc entrepris
de corriger la situation. Pour y arriver, les collabo
rateurs ont misé sur le SIM-G, un bandeau constitué
d’un gyroscope et de deux accéléromètres qui a le
mérite de se faire facilement oublier.
Huit joueurs et 16 joueuses de bon niveau et âgés
de 18 à 24 ans ont ainsi enfilé ce petit bijou technolo
gique avant de s’affronter dans des matchs « amicaux ».
Les accélérations de la tête des participants ont été
enregistrées tout au long de leurs passes d’armes,
qui étaient elles-mêmes captées par l’œil attentif
d’une caméra. Le but : distinguer les différents types
d’accélérations subies par la boîte crânienne, puis
déterminer le risque de commotion cérébrale associé
à chaque type. « Nous nous attendions à ce que les
mouvements de rotation, comme une redirection du
ballon, soient plus dangereux, puisqu’ils provoquent
du cisaillement entre les matières blanche et grise
du cerveau », affirme Éric Wagnac.
Leurs doutes ont été confirmés : tant chez les
hommes que chez les femmes, les techniques de
tête, et tout particulièrement celles où s’effectue un
mouvement de rotation, ont entraîné des accélérations
potentiellement dommageables. Les impacts involon
taires, comme la collision entre deux joueurs, étaient
aussi synonymes de risques, mais bien moindres.
Les défenseurs sont, semble-t-il, plus touchés que
les attaquants. « La prochaine étape est d’établir des
seuils de détection spécifiques au soccer, puisque
les seuils utilisés dans cette étude pilote sont ceux
en vigueur au football, les seuls dont nous disposons
encore. À terme, nous voulons mettre le doigt sur
des patrons distincts de coups à la tête qui causent
des commotions cérébrales », révèle le scientifique.
Le meilleur traitement ? Le sport !
Une fois la détection des commotions cérébrales
facilitée, encore faut-il proposer un traitement adéquat.
C’est ce qui intéresse Philippe Fait, professeur au
Département des sciences de l’activité physique
de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) et
fondateur de la Clinique Cortex, qui se spécialise dans
la prise en charge du TCL. « J’aime dire que je fais
de la recherche appliquée : les cas que je rencontre
à la clinique nourrissent mes projets et vice versa.
Ce sont des vases communicants », fait valoir ce
précurseur − sa clinique est la première du genre à
avoir ouvert ses portes au Québec.
Il va y avoir du sport!
Encart produit par le magazine Québec Science, édition de décembre 2018 et financé par l’Université du Québec
LA RECHERCHE DANS LE RÉSEAU DE L’UNIVERSITÉ DU QUÉBEC | SPORT
GRAHAM HUGHES/LA PRESSE CANADIENNE
En février 2018, les Canadiens de Montréal annonçaient que leur gardien de but, Carey Price, souffrait d’une
commotion cérébrale, résultat d’un tir violent à la tête durant un match contre les Flyers de Philadelphie.
Ses recherches portent entre autres sur les pertes
de capacités fonctionnelles qui découlent des com
motions cérébrales. Dans le cadre d’une étude parue
en 2014 dans le Journal of Neurotrauma, il a par
exemple demandé à 13 jeunes âgés de 9 à 15 ans
aux prises avec des séquelles de commotion céré
brale d’accomplir deux tâches simultanément ; la
première sollicitait la mémoire alors que la seconde,
qui consistait à appuyer sur des boutons à un certain
rythme, faisait appel aux capacités motrices fines. Au
f
inal, les jeunes athlètes éprouvaient davantage de
difficulté que leurs coéquipiers non blessés à réaliser
cette double tâche. Des clichés obtenus à l’aide de
l’imagerie par résonance magnétique montraient
d’ailleurs un fonctionnement anormal des structures
activées dans l’accomplissement de ces tâches, ce
qui explique les pertes de capacités fonctionnelles
des sujets.
Philippe Fait croit au potentiel de l’activité physique
pour aider les jeunes − et les moins jeunes − victimes
à remonter la pente à la suite d’une commotion céré
brale. Une idée banale en apparence, mais néanmoins
radicale. « Historiquement, le traitement pour la
commotion cérébrale a toujours été le repos. Quand
j’ai commencé à explorer la possibilité de faire suivre
aux commotionnés un programme d’exercice, on riait
donc un peu de moi », raconte-t-il. Les résultats ont
pourtant été au rendez-vous : au sein d’un groupe de
15 jeunes sportifs à qui l’on a prescrit un entraînement
aérobie de faible intensité, la gravité des symptômes
de la commotion cérébrale a diminué après une qua
rantaine de jours, pouvait-on lire dans les pages du
British Journal of Sports Medicine en 2017.
La recherche du meilleur protocole de guérison
d’une commotion cérébrale n’est pas une sinécure.
Selon l’expert, plusieurs facteurs comme l’âge et
le sexe des victimes, de même que la gravité des
coups, la récidive et la persistance des symptômes,
influent sur l’approche à préconiser. « On commence
à peine à reconnaître qu’il existe différents types de
maux de tête selon la nature du TCL. Des serrements
diffus n’indiquent pas la même chose qu’une douleur
localisée ou que des vertiges », illustre-t-il. Le chemin
vers des interventions véritablement personnalisées
sera encore long. Au moins, la marche est bien
entamée. n
“
Quand j’ai
commencé
à explorer la
possibilité de
faire suivre aux
commotionnés
un programme
d’exercice, on riait
un peu de moi. – Philippe Fait,
chercheur à l‘UQTR
Il va y avoir du sport!
Encart produit par le magazine Québec Science, édition de décembre 2018 et financé par l’Université du Québec
|||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
LA RECHERCHE DANS LE RÉSEAU DE L’UNIVERSITÉ DU QUÉBEC
La victoire, une avancée technologique à la fois
Que ce soit pour grimper sur le podium ou simplement pour garder la santé,
un sportif peut aujourd’hui compter sur la technologie pour
atteindre ses objectifs. Par Maxime Bilodeau
Le logiciel NeuroTracker
entraîne les capacités
cognitives.
//
Muscler son cerveau
pour de vrai!
NEUROTRACKER
supérieure (ÉTS). « Les joueurs entraînent leur vision
périphérique et apprennent à focaliser leur attention
sur un ou plusieurs éléments. Au final, ils ont plus de
ressources cognitives à allouer à leur performance et
ils se blessent moins », souligne-t-il. Sur le terrain, cela
Bon an, mal an, l’Impact de Montréal, les Canucks
de Vancouver, les Falcons d’Atlanta et le Manchester
United connaissent du succès sur le terrain. Cela,
ces équipes le doivent en partie au NeuroTracker,
un logiciel de suivi d’objets multiples en 3D
conçu par la PME montréalaise CogniSens.
Le principe de ce programme d’entraînement
cognitif est simple. À l’écran, plusieurs balles
défilent simultanément. L’utilisateur doit suivre
le mouvement de certaines tout en ignorant
sciemment les autres. Au fil du temps, la
difficulté augmente : le nombre de balles se
multiplie, leur vitesse s’accroît, des tâches doubles
sont imposées. Les capacités attentionnelles et
cognitives sont alors mises à rude épreuve.
«Chez des adeptes de sport de groupe, comme
le soccer ou le football, ces exercices développent
la capacité à gérer des situations de jeu complexes»,
explique David Labbé, de l’École de technologie
se traduit par de meilleures performances individuelles
et collectives. Du moins, en théorie.
Avec son équipe, le professeur du Département
de génie logiciel et des technologies de l’information
a entrepris de le vérifier. Ensemble, ils ont réalisé plu
sieurs études à l’aide du NeuroTracker dans les cinq
dernières années, notamment auprès de joueurs de
hockey. « Parmi nos belles découvertes, nous avons
constaté que les utilisateurs du logiciel prennent de
meilleures décisions en situation de jeu. De plus, leurs
ligaments croisés antérieurs sont moins durement
mis à l’épreuve, ce qui laisse croire à une fréquence
moindre de blessures », énumère-t-il.
Parvenir à démontrer l’efficacité d’une solution
d’entraînement cognitif, commerciale de surcroît,
n’est pas une mince affaire. Dans une étude publiée
l’an passé, le Global Council on Brain Health concluait
à l’inefficacité généralisée des outils de gymnastique
mentale et autres applications de musculation de la
Il va y avoir du sport!
Encart produit par le magazine Québec Science, édition de décembre 2018 et financé par l’Université du Québec
LA RECHERCHE DANS LE RÉSEAU DE L’UNIVERSITÉ DU QUÉBEC | SPORT
une avancée technologique à la fois
UQTR
matière grise. Selon cette organisation indépendante
composée de chercheurs dans le domaine, les
preuves en faveur de ces outils sont tout simplement
inexistantes. Sauf dans le cas du NeuroTracker, dont
la validité a bel et bien été confirmée par la science.
//
Ils chassent les secondes
Frédéric Domingue et Claude Lajoie sont en quête
de watts. Et pas n’importe lesquels : ceux qui permettent
d’atteindre la plus haute marche du podium et ceux qui
condamnent à l’anonymat du peloton.
« Nous travaillons avec des cyclistes
de haut niveau dont la forme physique
est plafonnée. Leur puissance aérobie
maximale ne monte plus, leur seuil lac
tique est stable… Chez eux, de simples
corrections de position et d’équipement
peuvent procurer des gains énormes »,
explique Claude Lajoie, professeur au
Département des sciences de l’activité
physique de l’Université du Québec à
Trois-Rivières (UQTR).
Avec son collègue Frédéric Domingue, professeur au
Département de génie électrique et génie informatique
de l’UQTR, le chercheur du Laboratoire d’innovations et
technologies pour le sport et la performance humaine est
en voie de disposer d’une expertise unique en matière
d’amélioration des performances à vélo et, dans une
moindre mesure, au triathlon. Dans les derniers mois,
le duo a bourlingué aux quatre coins de la planète afin
d’acquérir le savoir nécessaire à ce noble dessein.
Lorsque Québec Science les a joints, ils venaient de
passer une semaine en soufflerie à Mooresville, en
Caroline du Nord. Un séjour pendant lequel ils ont
étudié les effets de l’écoulement de
l’air sur le corps d’athlètes − la friction
de l’air est la principale résistance
que rencontre un cycliste à l’effort
sur le plat. Mais, surtout, un séjour
onéreux : le tarif horaire pour utiliser
de telles installations oscille autour
de 400 $ !
Les données recueillies alors
représentent un investissement à
long terme. « Notre objectif est de
concevoir une soufflerie virtuelle, un
Frédéric Domingue,
professeur au Département
de génie électrique
et génie informatique,
et Claude Lajoie,
professeur au Département
des sciences de l’activité
physique, tous deux
à l'UQTR.
Il va y avoir du sport!
Encart produit par le magazine Québec Science, édition de décembre 2018 et financé par l’Université du Québec
LA RECHERCHE DANS LE RÉSEAU DE L’UNIVERSITÉ DU QUÉBEC
logiciel 3D qui créera des positions dans le confort
de notre laboratoire. On pourra ainsi s’atteler à la
chasse aux secondes sans même visiter une véritable
soufflerie, une aubaine », affirme Claude Lajoie. Cette
démarche sera multidisciplinaire ; elle engagera
aussi bien des ingénieurs que des kinésiologues par
exemple. En outre, elle s’articulera autour d’étapes
logiques qui nécessiteront chacune un appareillage
propre, comme l’électromyographie et la spectro
scopie dans le proche infrarouge.
Bien que très appliquées, ces recherches sont sus
ceptibles d’avoir de précieuses retombées scientifiques.
À terme, elles pourraient permettre de désigner les
facteurs qui limitent la performance chez les cyclistes
de haut niveau, rien de moins. « Nous pourrons cibler
des constantes chez ces athlètes, s’il y en a bien sûr.
Chez l’élite, il est parfois difficile de généraliser la
portée des résultats, puisque chaque cas est à priori
unique. Or, encore faut-il le prouver », indique celui dont
le laboratoire pourrait bientôt se métamorphoser en
chaire de recherche sur les méthodes innovantes pour
la performance en cyclisme.
Neila Mezghani, titulaire
de la Chaire de recherche
du Canada en analyse
de données biomédicales
de la TÉLUQ
//
Un chandail, mille enjeux
Le chandail intelligent Hexoskin habille les as
tronautes de la Station spatiale internationale,
des athlètes de haut niveau comme les sœurs
Dufour-Lapointe et… des candidats à la chirurgie
cardiaque. Ce textile bourré de capteurs et d’ac
céléromètres, produit par l’entreprise québécoise
Carré Technologies, pourrait aider à évaluer le
taux d’adhésion des patients fraîchement passés
sous le bistouri à un programme de réadaptation
physique. Voilà ce que souhaite explorer Neila
Mezghani, titulaire de la Chaire de recherche du
Canada en analyse de données biomédicales de
la Télé-université (TÉLUQ) en mesurant en temps
réel et automatiquement la quantité d’exercices
réalisés. « Ces patients ont tendance à surestimer
leur niveau réel d’activité physique », constate la
chercheuse.
Avec son équipe, elle recrutera dans les prochains
mois une centaine de sujets, la moitié en forme et
l’autre moitié aux prises avec un problème cardiaque
en voie (ou non) de guérison. Sous l’œil attentif
d’une caméra, chacun exécutera 16 mouvements
à cinq reprises pendant plusieurs minutes. Cette
base de données de plusieurs milliers d’heures
alimentera ensuite des algorithmes élaborés par
Neila Mezghani. « Nous enseignerons à une machine
à reconnaître et à distinguer entre eux les mouve
ments. Comme un enfant qui apprend l’alphabet,
elle deviendra meilleure au fur et à mesure de son
apprentissage », mentionne-t-elle. La richesse des
données collectées aura un effet certain, spécifie la
scientifique. La preuve : grâce à une telle approche,
elle a obtenu un taux de succès de 97 % lors de
la conception récente d’une application mobile
capable de détecter les chutes.
Ces textiles intelligents émettent un signal dont
la précision exige la plus grande attention, souligne
Tiago H. Falk, professeur à l’Institut national de
la recherche scientifique (INRS). « S’il est facile à
mesurer lorsqu’on s’assoit calmement dans un labo
ratoire, sa précision tend à se dégrader rapidement
lorsqu’on bouge. L’activité électrique du cœur se
perd alors dans un océan de bruits », signale-t-il.
Le contexte souffre alors de ces interférences : la
DENIS BEAUMONT/TÉLUQ
courbe anormale de l’électrocardiogramme est
elle synonyme d’anomalie cardiaque? Ou est-elle
simplement due à la fatigue inhérente à un effort
physique vigoureux ? Impossible pour l’utilisateur
de le savoir avec certitude.
Par le passé, Tiago H. Falk a travaillé sur la re
connaissance automatique de la parole, un domaine
dans lequel le message se détériore à cause du
bruit ambiant et de la réverbération entre autres.
De manière surprenante, ces recherches utiles pour
l’amélioration des commandes vocales qui colonisent
nos gadgets le sont également pour le perfectionne
ment des vêtements intelligents. « La parole, comme
l’activité cardiaque, musculaire ou cérébrale, a une
signature distincte. L’objectif est de déceler ces
patrons, puis de les séparer du bruit ambiant », dit
l’expert en apprentissage des machines et coauteur
d’un brevet qui détaille le procédé complexe pour
y arriver. Coïncidence : il mène ses recherches en
collaboration avec… Carré Technologies, l’entreprise
québécoise derrière l'Hexoskin. n
Il va y avoir du sport!
Encart produit par le magazine Québec Science, édition de décembre 2018 et financé par l’Université du Québec
LA RECHERCHE DANS LE RÉSEAU DE L’UNIVERSITÉ DU QUÉBEC | SPORT
Le sport contre le Big Mac
Dans une étude inspirée du film Super Size Me, un chercheur montre
que l’entraînement à haute intensité peut compenser les effets
néfastes de la malbouffe. Par Annie Labrecque
Dans le documen
taire Super Size
Me, sorti en 2004,
l’Américain Morgan
Spurlock se nourrit
exclusivement de repas chez McDo
nald’s pendant un mois. Au terme de
cette période, il constate qu’il a pris
11 kg et qu’il a un taux de cholestérol
élevé, des sautes d’humeur et des
problèmes de foie notamment.
Ce film a inspiré une étude d’Antony
Karelis, chercheur en sciences de l’activité
physique à l’Université du Québec à Montréal
(UQAM). « On sait que la malbouffe augmente
les risques de maladies cardiovasculaires et que
l’entraînement par intervalles est une méthode
très efficace pour diminuer les complications
métaboliques associées à ces maladies. Pourquoi
ne pas combiner les deux ? » s’est demandé le
chercheur, qui a travaillé en collaboration avec son
collègue Christian Duval, également de l’UQAM.
« Il y a près de 90 millions d’Américains qui mangent
de la malbouffe quotidiennement. Des athlètes se
disent qu’ils peuvent eux aussi en manger s’ils font de
l’exercice. L’entraînement protège, oui, mais on ne sait
pas jusqu’à quel point », ajoute Antony Karelis.
À la différence du film, leur expérience à saveur de
Big Mac s’est déroulée sur 14 jours − à la demande du
comité d’éthique de la recherche − et comprenait une
séance quotidienne d’entraînement intense. Les 15 volon
ISTOCKPHOTO
taires étaient tous des hommes actifs physiquement et âgés
de 18 à 30 ans.
Ces derniers n’ont pas rechigné à l’idée d’avaler un trio McDo
pour déjeuner, dîner et souper. « C’est la partie “entraînement”
qui s’est révélée un défi pour eux », souligne le chercheur.
L’entraînement par intervalles à haute intensité consistait en
15 sprints d’une minute, entrecoupés d’une minute de marche
sur un tapis roulant. « La littérature
scientifique démontre que c’est une
méthode très efficace pour obtenir
des bienfaits pour la santé. Le concept
de cet entraînement est qu’on fa
tigue le muscle, on le repose et on
le fatigue de nouveau », explique
Antony Karelis.
Grâce à cet entraînement,
les participants dépensaient
entièrement les quelque
3441 calories consommées
tous les jours en moyenne. En revanche,
ils ingurgitaient 4 724 mg de sodium par
jour, alors que Santé Canada recommande
un apport maximal de 2 300 mg…
L’effet protecteur du sport
Au bout des deux semaines, l’équipe de cher
cheurs a comparé les bilans de santé des parti
cipants avant et après l’expérience. Mis à part des
problèmes gastro-intestinaux mineurs rapportés
par deux volontaires, la majorité a conservé un bon
état de santé, apprend-on dans l’étude publiée dans
le journal Nutrients en août 2017. « En général, on
constate qu’il n’y a pas eu de détérioration de la plupart
des paramètres à l’étude [NDLR : pression artérielle, taux
d’insuline et de glucose entre autres]. Un seul, le niveau
de bon cholestérol, avait diminué après l’expérience »,
mentionne Antony Karelis.
Même si l’entraînement par intervalles à haute intensité
peut avoir un effet protecteur contre la malbouffe, le chercheur
indique que des études supplémentaires sont requises pour le
confirmer. Il aurait d’ailleurs souhaité répéter l’expérience chez
les femmes ou sur un plus grand groupe par exemple. « Notre
objectif était d’arriver à déterminer le seuil d’activité physique
minimal nécessaire. Mais faute de financement, l’étude n’a pas été
prolongée ». Il vaut donc mieux tempérer ses envies de malbouffe ! n
Il va y avoir du sport!
Encart produit par le magazine Québec Science, édition de décembre 2018 et financé par l’Université du Québec
|||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
LA RECHERCHE DANS LE RÉSEAU DE L’UNIVERSITÉ DU QUÉBEC
Geneviève Forest, directrice
du Laboratoire du sommeil
de l’Université du Québec en
Outaouais, et l’une de ses
étudiantes
Le sport,
une affaire de tête !
Pour se surpasser, un athlète doit veiller à s’entraîner aussi mentalement. Pour
cela, il peut compter sur des spécialistes qui s’intéressent autant à son sommeil
et à sa motivation qu’à son image corporelle. Par Annie Labrecque
//
Le désavantage
du décalage horaire
Les équipes sportives de l’Est, comme les Canadiens
de Montréal, sont-elles défavorisées lorsqu’une partie se
joue dans un autre fuseau horaire ? C’est ce qu’a voulu
savoir Geneviève Forest, directrice du Laboratoire
du sommeil de l’Université du Québec en Outaouais
(UQO), qui s’intéresse à l’effet de la perturbation du
rythme circadien (communément appelé « horloge
biologique ») sur la performance.
En collaboration avec Jonathan Roy, un étudiant à
la maîtrise (non, il ne s’agit pas du fils de Patrick Roy !),
elle a analysé les liens entre le lieu des matchs et leur
issue − victoire ou défaite − chez des équipes profes
sionnelles de hockey, de baseball et de basketball de
2010 à 2015. Leurs constats ? Si le match a lieu dans
l’Ouest en après-midi, tout le monde part sur un pied
d’égalité, peut-on lire dans leur article publié dans le
Journal of Sleep Research en 2017. Mais si la partie a
lieu le soir, et toujours dans l’Ouest, l’équipe locale est
avantagée. L’équipe de hockey en voyage gagnera 41,6 %
des matchs, comparativement à 46,6 % à domicile.
« Même s’il n’est que 19 h, le corps se prépare à
dormir, car, pour l’équipe en déplacement [de l’Est],
il est 23 h ou minuit, rappelle Geneviève Forest. Nous
avons observé ce désavantage sur la performance
pour les trois sports, mais il est plus important pour
le basketball et le hockey. Au football, l’effet est tout
aussi prononcé, mais il ne se démarque pas sur le plan
des statistiques, possiblement parce qu’il y a moins
de parties au calendrier et que les joueurs disposent
de plus de temps entre deux parties pour s’adapter
au changement d’horaire. »
Quant aux équipes originaires de l’Ouest, elles ne
subissent pas d’effet notable lorsqu’elles se déplacent
vers l’Est, peu importe le sport.
Cette étude sert de prémisse au projet de recherche
Il va y avoir du sport!
Encart produit par le magazine Québec Science, édition de décembre 2018 et financé par l’Université du Québec
SARAH SCOTT/UQO
LA RECHERCHE DANS LE RÉSEAU DE L’UNIVERSITÉ DU QUÉBEC | SPORT
auquel se consacre actuellement Geneviève Forest :
« On s’intéresse aux jeunes athlètes des programmes
sport-études au secondaire qui s’entraînent intensive
ment alors qu’ils vivent des changements majeurs. À
l’adolescence, leur horloge biologique se déphase :
ils se couchent et se réveillent tard. Mais avec leur
horaire très contraignant, ils doivent se lever très tôt
et ne dorment pas les 10 heures nécessaires par nuit.
Quelle est l’influence de ce déficit de sommeil sur les
performances sportive et scolaire ? » Les résultats de
cette nouvelle étude devraient paraître en 2019. Comme
quoi, il ne faut jamais négliger les bras de Morphée,
qu’on joue dans les ligues majeures ou mineures !
//
Attitude gagnante,
résultats gagnants
Comme disait Bob dans le film Les boys, « la dureté
du mental » peut expliquer une mauvaise ou une bonne
performance. C’est justement l’une des spécialités
de Jacques Plouffe, chercheur en kinésiologie à
l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC).
Au début de sa carrière, les athlètes profession
nels se préoccupaient peu de leur état d’esprit. « Il
y a 30 ans, les athlètes avaient peur d’avouer qu’ils
avaient une faiblesse mentale ou des problèmes de
motivation. C’était tabou. Maintenant, ils comprennent
qu’il leur faut un coach mental au même titre qu’un
coach derrière le banc. »
Le préparateur mental aide les athlètes à conserver
une attitude positive et à envisager l’épreuve sportive
comme un défi et non comme une menace, une inter
vention à mille lieues d’une séance de psychothérapie.
« Il y a quatre composantes dans la force mentale : la
motivation, la confiance, la concentration et la relaxa
tion, énumère Jacques Plouffe. L’athlète aura la force
mentale nécessaire pour exploiter tout son potentiel si
ces composantes sont développées à leur maximum. »
Pour arriver à cette disposition particulière, les
sportifs peuvent se remémorer les meilleures pé
riodes de leur vie sportive ou de leur vie en général,
se concentrer sur des pensées positives, contrôler
leur respiration, répéter des mots riches de sens et
faire du yoga ou de la méditation. « On les aide à être
absorbés par le moment présent et à éliminer toutes
les distractions possibles. »
Mais l’entraînement mental ne donne pas de résul
tats du jour au lendemain. « Beaucoup font l’erreur de
s’entraîner mentalement à la dernière minute, avant
une compétition importante. Il faut s’exercer tous les
jours, comme on le fait avec son corps », précise
Jacques Plouffe.
C’est encore plus vrai pour les Jeux olympiques.
Selon Jacques Plouffe, il faut les aborder comme un
objectif à long terme et viser une excellente performance
plutôt qu’une médaille. « Ceux qui veulent absolument
un podium ont peur de perdre, ce qui les empêche
de véritablement se concentrer, de se détendre et
de se motiver pour donner le meilleur d’eux-mêmes. »
//
Le sport qui rend malade
L’activité sportive a une action bienfaisante indéniable
sur la santé, mais elle peut également provoquer chez
les athlètes des troubles du comportement alimentaire
(TCA). Pensons à l’anorexie sportive, présente notam
ment chez les femmes qui veulent devenir minces, et à
la dysmorphie musculaire, rencontrée principalement
chez les hommes qui souhaitent augmenter leur masse
musculaire.
Johana Monthuy-Blanc, directrice du Laboratoire
de recherche interdisciplinaire sur les troubles du com
portement alimentaire en lien avec la réalité virtuelle
et la pratique physique, le Loricorps, à l’Université
du Québec à Trois-Rivières (UQTR), mentionne que
certains sports sont plus susceptibles de mener à des
déséquilibres alimentaires. « Les judokas, surtout les
hommes, sont particulièrement assujettis à la fluctua
tion pondérale de performance, qu’on nomme “effet
yoyo”. Ils essaient d’être à la limite inférieure de poids
d’une catégorie et prennent ensuite le plus de masse
possible en 48 heures avec des stratégies pouvant
conduire à des TCA, comme l’utilisation excessive de
séances de sudation ou la suralimentation », décrit-elle.
Les plongeurs et les patineurs artistiques, eux,
sont obligés de maintenir une silhouette parfaite pour
répondre aux exigences tant physiques qu’esthétiques
de leur discipline.
Malheureusement, plusieurs athlètes touchés
par ces troubles ne consultent un spécialiste que
lorsque la situation est devenue presque irréversible.
« Les symptômes sont déjà tellement graves qu’on
doit “sortir” le sportif de sa pratique », dit Johana
Monthuy-Blanc. Le médecin prescrit carrément un
arrêt de tout entraînement, un drame pour un athlète.
Le Loricorps, en collaboration avec le Centre
intégré universitaire de santé et de services sociaux
de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec, a donc créé un
programme d’intervention qui vise la clientèle sportive
aux prises avec des troubles alimentaires légers ou
modérés dans l’espoir de résoudre à temps leurs
difficultés. Et de favoriser une pratique du sport la
plus saine possible. n
“ Certains sports
sont plus
susceptibles
de mener à des
déséquilibres
alimentaires.– Johana
Monthuy-Blanc
Il va y avoir du sport!
Encart produit par le magazine Québec Science, édition de décembre 2018 et financé par l’Université du Québec
|||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
LA RECHERCHE DANS LE RÉSEAU DE L’UNIVERSITÉ DU QUÉBEC
Le sport pour mettre
les villes en valeur
Le professeur André Richelieu étudie comment la réputation
d’une ville ou d’un pays peut se faire (et se défaire) grâce au sport.
Par Marie Lambert-Chan
ANNIE SPRATT/UNSPLASH
New York a les Yankees, le Madison
Square Garden et le US Open.
Londres a le Chelsea, l’Arsenal
et Wimbledon. Montréal a les
Canadiens, la Coupe Rogers et,
quoi qu’on en pense, le Stade olympique.
Depuis plusieurs années maintenant,
l’image d’une destination passe entre autres
par le sport, qu’il s’agisse d’organiser une
manifestation d’envergure comme les Jeux
olympiques ou de devenir le domicile d’une
équipe reconnue. Même les contrées moins
développées s’y mettent, tel l’Azerbaïdjan qui,
pour séduire les touristes, accueille un Grand
Prix de formule 1 depuis 2016.
Miser sur le sport pour asseoir sa renom
mée peut s’avérer une excellente idée, mais
aussi, parfois, une catastrophe. À ce sujet,
on se souviendra de l’échec retentissant
de la course de formule E qui s’est tenue à
Montréal en 2017. Comment
les décideurs peuvent-ils y voir
plus clair ? André Richelieu,
professeur à l’Université du
Québec à Montréal (UQAM) , a
analysé une centaine d’études
scientifiques et pratiques pour
en tirer une stratégie qui a
fait l’objet d’une publication
l’automne dernier dans la
revue Sport, Business and
Management. Il nous en livre
ici les grandes lignes.
Vous observez depuis plus de 15 ans le monde
du sport. Au cours de cette période, comment
les villes et les pays ont-ils utilisé le sport pour
accroître leur visibilité ?
À une époque pas si lointaine, le sport n’était
que du sport : un match, des spectateurs, des
hot-dogs. Aujourd’hui, le sport
est une expérience. On le voit
par exemple à Las Vegas, où
les matchs des Golden Knights
André Richelieu
© UQAM/SERVICE DE L’AUDIOVISUEL
sont ponctués de spectacles
à grand déploiement. Ce qui
demeure, toutefois, à travers
le temps, c’est le caractère
rassembleur du sport. Voilà
pourquoi les villes et les pays
utilisent le sport pour attirer
des touristes et se mettre en
valeur sur la scène internatio
nale. Cela s’opère grâce aux rendez-vous
sportifs, mais aussi aux ligues. Depuis les
années 1980, la NBA [National Basketball
Association] a travaillé très fort pour se faire
connaître en Chine. Résultat, ses matchs
y sont désormais six fois plus populaires
que les trois plus importants championnats
Il va y avoir du sport!
Encart produit par le magazine Québec Science, édition de décembre 2018 et financé par l’Université du Québec
LA RECHERCHE DANS LE RÉSEAU DE L’UNIVERSITÉ DU QUÉBEC | SPORT
de soccer européen réunis. Des Chinois voyagent
d’ailleurs aux États-Unis juste pour assister à des
parties de basket.
Que proposez-vous aux gouvernements qui désirent
accueillir des épreuves sportives pour redorer leur
image ?
Je ne veux pas donner l’impression que c’est une recette,
car chaque cas demeure particulier. Mais de manière
générale, tout doit démarrer par une vision à long terme
À gauche, la tour du Stade
olympique de Montréal.
Ci-dessous, le stade
Maracaña, au Brésil, laissé à
l’abandon, et les installations
olympiques des Jeux de
Sotchi, en Russie, qui ont
coûté 55 milliards de dollars.
où l’on pense à léguer un héritage socioéconomique à
la population. Cela signifie que le sport n’est pas une
f
inalité, mais un moyen pour améliorer les conditions
de vie des habitants. Ainsi, à Singapour, la piste du
Grand Prix de formule 1 est un circuit routier utilisé
toute l’année par les citadins. En Pologne, en 2012,
à l’occasion du Championnat d’Europe de soccer, le
gouvernement a investi davantage d’argent dans les
routes, les autoroutes et les tramways que dans les
stades. On a aussi construit une voie rapide pour réduire
la durée du trajet entre la Pologne et l’Allemagne. Dans
ce cas-ci, ce fut bon à la fois pour la population locale
et pour les acteurs économiques.
Malheureusement, il arrive encore trop souvent
qu’on se concentre sur le côté « bling-bling » d’une
rencontre sportive. La suite se révèle affligeante. À
Athènes, il pousse des oliviers sur des terrains neufs
qui n’ont servi qu’aux compétitions de baseball et
de softball aux Jeux olympiques de 2004. À Rio, le
mythique stade Maracaña est laissé à l’abandon. C’est
sans parler de Sotchi, une ville désertée après que la
Russie y a dépensé 55 milliards de dollars américains
pour les Jeux d’hiver de 2014.
C’est en raison de ces coûts exorbitants que les
candidatures n’affluent pas au Comité international
olympique. Le jeu en vaut-il vraiment la chandelle ?
Organiser de grandes manifestations sportives vaut
la peine pour les villes et les pays qui ont une faible
notoriété sur la scène internationale. Cela leur permet
de se « mettre sur la carte ». C’est également ce que
recherchent des pays qui ont des desseins politiques
et qui, à ces fins, instrumentalisent le sport, quitte à le
vampiriser. Je pense notamment à la Russie et au Qatar.
Parallèlement, un mouvement émerge à travers
l’Europe et l’Asie : des populations refusent d’accueillir
les Jeux olympiques parce qu’elles estiment le retour
trop faible. Et elles ont raison. Prenez seulement la
Coupe du monde de soccer. C’est le pays hôte qui
assume entièrement les risques sans recevoir de
ISITSHARP/ISTOCKPHOTO
WIKIPEDIA
contribution équitable de la Fédération internationale
de football association (FIFA) . Ainsi, si une horde de
houligans détruisent des installations, la facture est
épongée par le gouvernement. À ce chapitre, je crois
que Montréal et les autres villes d’Amérique du Nord
qui organiseront la Coupe du monde de 2026 ont raté
une occasion de mieux négocier avec la FIFA. Elles ne
sont pas les seules : bien des villes et des pays n’ont
pas encore compris qu’ils ont le gros bout du bâton
par rapport aux grandes organisations sportives en
raison de la rareté des candidatures.
Dans votre étude, vous affirmez que les plus petits
rendez-vous sportifs, comme les défis cyclistes, sont
plus gratifiants pour les villes que les gros. Pourquoi ?
Oui, cela semble contre-intuitif, mais pratiquement
toutes les études le montrent. Les petites manifestations
sportives impliquent des enjeux politiques moins grands.
On se soucie davantage d’utiliser les installations dont
on a vraiment besoin. C’est moins grandiose et donc
il y a moins d’intrusion de politiciens, de célébrités et
de commanditaires. À la fin, les bénéfices sont mieux
distribués entre toutes les parties prenantes. Mais
par-dessus tout, ces rencontres favorisent une réelle
participation sportive de la communauté et l’adoption
de saines habitudes de vie. C’est l’héritage du sport
dans sa plus belle expression. n
Il va y avoir du sport!
Encart produit par le magazine Québec Science, édition de décembre 2018 et financé par l’Université du Québec
|||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
L’essor fulgurant
du sport électronique
Des millions de spectateurs regardent des tournois de jeux vidéos
sur le Web ou dans des stades remplis à craquer.
Qu’est-ce qui explique cet engouement ? Par Annie Labrecque
Pour les non-initiés, le sport électro
nique est déroutant : des joueurs
professionnels font du jeu vidéo
leur métier à temps plein et se
rassemblent, l’instant d’un tournoi,
devant des milliers d’adeptes qui les regardent
jouer. Cela n’a rien d’une lubie. D’ici la fin de
2018, le chiffre d’affaires mondial du sport
électronique s’élèvera à 906 millions de dollars
américains et l’assistance globale pourrait
atteindre 380 millions de personnes, selon
la firme Newzoo. Pas de doute possible, les
jeux vidéos pratiqués en réseau ont la cote !
Simon Dor, professeur en études vi
déoludiques à l’Université du Québec en
Abitibi-Témiscamingue (UQAT), raconte que
le sport électronique a pris son envol avec les
compétitions de StarCraft à la fin des années
1990, en Corée du Sud. Ce jeu de stratégie en
temps réel (STR) se déroule dans un univers
de science-fiction où trois types d’armées s’af
frontent dans la Voie lactée. Sa popularité est
si grande qu’on publie les résultats des matchs
dans les journaux coréens. « Des organisations
f
inancées par des compagnies comme Sam
sung ont mis en place les premières équipes
de joueurs à l’époque, relate le chercheur. Deux
chaînes spécialisées à la télévision diffusaient
des parties de StarCraft presque 24 heures sur
24 ! Le modèle s’est propagé en Europe et en
Amérique dans les années 2010. »
Plus populaire que Djokovic
Loin d’avoir une intrigue linéaire et prévisible,
les jeux de STR comme StarCraft et Age
of Empires offrent une possibilité infinie de
scénarios pour divertir le public. « Les joueurs
utilisent des tactiques communes, mais la
manière dont ils jouent change au fil du temps
et peut même différer d’une région à l’autre,
remarque Simon Dor, qui est spécialisé dans
l’histoire de ce genre de jeux. À un certain mo
ment, un joueur créera une nouvelle stratégie
qui surprendra le reste des joueurs, qui vont
tenter de l’adopter par la suite. »
D’autres formes de jeux connaissent aussi un
vif intérêt, tels que les jeux de tir à la première
personne (le joueur voit à l’écran ce que son
personnage voit ; c’est le cas d’Overwatch)
et les battle royale, où le but est de survivre
(Fortnite, PUBG).
Plusieurs éléments ont contribué à propulser
le sport électronique, mais c’est surtout la
transmission des tournois en direct qui a fait
GORODENKOFF/ISTOCKPHOTO
découvrir ce passe-temps à un large auditoire.
La plateforme Twitch, lancée en 2011, permet
à n’importe qui de publier ses parties en temps
réel, mais on y regarde surtout les joueurs
professionnels concourir. « Les joueurs ont
formé leur propre communauté d’incondition
nels grâce à Twitch, mentionne Simon Dor. Ils
y interagissent avec eux. » Ces personnalités
intéressent un public parfois plus large que celui
des sports traditionnels. Par exemple, le joueur
américain Tyler « Ninja » Blevins réussit à attirer
32,3 millions d’abonnés comparativement au
joueur de tennis Novak Djokovic, qui est suivi
par 20,2 millions de partisans.
Voyant le pouvoir attractif du sport électro
nique, des commanditaires n’hésitent pas à
investir des millions pour s’y associer. Même
les sports classiques entrent dans l’arène,
comme la National Basketball Association
(NBA), qui possède maintenant sa propre
ligue électronique avec 17 équipes et qui a
obtenu 152 millions de vues sur les réseaux
sociaux lors des finales. La NBA pourrait bien
avoir misé juste : selon certaines prévisions,
le sport électronique est en voie de détrôner
le basket, le hockey et même le soccer dans
le cœur des amateurs. n
DU SPORT ÉLECTRONIQUE AUX JEUX OLYMPIQUES?
Les joueurs de sport électronique ne seront pas conviés aux Jeux olympiques de
Tokyo (2020), mais cela n’empêche pas le Comité international olympique de penser
sérieusement à les accueillir dans de futurs jeux. Dans l’attente de la consécration,
des stades voués à la discipline sont construits ; c’est le cas au Texas
(1 000 spectateurs) et en Colombie-Britannique (250 spectateurs).
Il va y avoir du sport!
Encart produit par le magazine Québec Science, édition de décembre 2018 et financé par l’Université du Québec